« Au Panthéon ? Joséphine BAKER ! » (Penser la France) Décembre 2013 – Novembre 2021

28 novembre 2021

[ndlr : L’actualité de la rentrée 2021 nous amène à republier ce communiqué des Clubs « Penser la France » daté de 2013].

[NDLR novembre 2021 : L’entrée de Joséphine BAKER au Panthéon doit être saluée. Les Clubs Penser la France la réclamaient depuis 2013 au moins. Peut-être le seul acte véritablement patriotique du quinquennat #Macron. Triste quinquennat !]

 

COMMUNIQUE NATIONAL des Clubs « Penser la France »

16 décembre 2013

A l’heure où la République s’interroge sur de possibles candidatures à l’entrée au Panthéon, les Clubs « Penser la France » ont choisi de soutenir la candidature de Mme Joséphine BAKER.

Naturalisée française, elle rejoint la Résistance. Elle entre dans le contre-espionnage en 1939 et devient, plus tard, au péril de sa vie, l’agent de propagande du général de Gaulle.

Elle luttera plus tard contre le racisme, pour l’émancipation des Noirs, et soutiendra en particulier le Civil Rights Movement de Martin Luther King.

« Star internationale du music-hall, vedette incontestée du Casino de Paris et du théâtre des Champs-Elysées, Joséphine Baker fut la première artiste française noire dans les années 30 à toucher le cœur des Français par ses chansons populaires, sa beauté et sa voix angélique. Lorsque la France est attaquée en 1940 par Adolf Hitler, la Star quitte les paillettes pour entrer dans la résistance.» rappelle Charles ONANA.

Véritable figure de l’engagement au féminin, elle honore la France.

Pour les Clubs « Penser la France, notre candidate, c’est Joséphine BAKER ! Sans l’ombre d’une hésitation !

Que n’y est-elle déjà ?

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Donnée biographique :

Joséphine Baker, née Freda Josephine McDonald le 3 juin 1906 à Saint-Louis (Missouri) et morte le 12 avril 1975 dans le 13e arrondissement de Paris, est une chanteuse, danseuse et meneuse de revue.

D’origine métissée afro-américaine et amérindienne des Appalaches, elle est souvent considérée comme la première star noire. Elle prend la nationalité française en 1937 et, pendant la Seconde Guerre mondiale, joue un rôle important dans la résistance à l’occupant. Elle utilisera ensuite sa grande popularité dans la lutte contre le racisme, et pour l’émancipation des Noirs, en particulier en soutenant le Civil Rights Movement de Martin Luther King.

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« Et si Joséphine Baker entrait au Panthéon ? » par Régis DEBRAY

C’est toujours le présent qui se célèbre lui-même en consacrant tel ou tel fantôme tutélaire. Pourquoi, dès lors, ne pas jouer cartes sur table, sans trop se mentir à soi-même ?

En rendant les honneurs du Panthéon à Joséphine Baker, l’époque ne ferait qu’endosser haut et fort ce qu’elle a de singulier, et de plus dynamique. Elle se distingue de ses devancières par ceci que la femme libre, le colonisé, le coloré des confins, le bi ou l’homosexuel, ont fait irruption à l’avant-scène, avec des formes d’art jusqu’alors dédaignées, la danse, le rythme, le jazz, la chanson.

L’esprit des hauteurs a trop censuré le corps, le grand absent des annales homologuées républicaines – même si le sport, la mode et la publicité le rendent omniprésent. Tous ces nouveaux venus, exotiques ou excentriques, n’ont-ils pas éventé notre province ? Ils ont, en nous perturbant, beaucoup donné. Notre modernité leur doit son merveilleux, le plus clair de ses battements d’aile et de coeur. On peut leur en rendre grâce.

Des Folies-Bergère au suprême sanctuaire ? De la ceinture de bananes à la couronne de lauriers ? Profanation ! Le Front national accusera. Le burgrave gémira. La vertu hoquettera. Si le kitsch consiste, comme le dit Kundera, à « se regarder dans le miroir du mensonge embellissant et s’y reconnaître avec une satisfaction émue », rien ne serait plus dépaysant, moins hypocrite et narcissique, que de hisser cette Américaine naturalisée en 1937, libertaire et gaulliste, croix de guerre et médaille de la Résistance, au coeur de la nation. Elle est à hauteur d’homme.

L’époque n’est pas au sacrifice ? Justement. La Gestapo a quitté la place et personne ne nous demande de faire sauter les trains. On peut encore, en revanche, secouer les apartheids en réinventant le quotidien. Joséphine Baker n’a pas l’aspect d’une héroïne. C’est une irrégulière. Ce n’est pas un mythe. C’est un exemple. De quoi ? D’un affranchissement, qui a bousculé les conformismes et dérangé les lignes.

DÉGELER LES URNES

On nous répondra : « Plus politiquement correct, tu meurs. » Rions de cet éclat de rire. C’était très incorrect, avant guerre, de se produire les seins nus, d’aimer un petit auteur de polar, Simenon, et d’ensorceler cubistes et surréalistes. Et très risqué (chez « les saltimbanques » en vogue, plutôt insolite) d’entrer dans les services secrets de la France libre en 1940, d’épouser en 1955 la cause des Noirs nord-américains (en se faisant chasser des grands hôtels de New York), d’assister en 1966 à la Conférence tricontinentale de La Havane – en soutenant les mouvements de libération latinos – et d’engloutir sa fortune pour entretenir une famille arc-en-ciel avec douze enfants adoptifs, de tous horizons. Légèreté peut rimer avec liberté, et la fantaisie donner au courage une sorte de pudeur.

Tous ceux, toutes celles qui de par le monde ont deux amours, leurs pays et Paris, ne bouderaient pas leur plaisir. Non plus que Senghor, Roumain, Depestre, Césaire, sans oublier Christiane Taubira. Cette sirène des rues pourrait bien nous aider à dégeler les urnes et les statues, à mettre un peu de turbulence et de soleil dans cette crypte froide et tristement guindée.

« De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace. » Voir reposer côte à côte la chair et la science, la fantasque et le supplicié, Orphée et Jean Moulin, ne serait pas la pire façon de faire remonter de la vie au sommet de la colline, de fermer les portes de la guerre et d’accorder la République aux temps nouveaux, polyphoniques, frondeurs et bon enfant.

Régis Debray (Ecrivain et philosophe) 

SOURCE : http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/12/16/josephine-baker-au-pantheon_4335358_3232.html

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Et le livre exceptionnel de Charles ONANA

«  Joséphine Baker contre Hitler : La star noire de la France Libre » par Charles ONANA

Star internationale du music-hall, vedette incontestée du Casino de Paris et du théâtre des Champs-Elysées, Joséphine Baker fut la première artiste française noire dans les années 30 à toucher le cœur des Français par ses chansons populaires, sa beauté et sa voix angélique. Lorsque la France est attaquée en 1940 par Adolphe Hitler, la Star quitte les paillettes pour entrer dans la résistance. Militante antiraciste, épouse d’un juif, Baker refuse de voir Paris sous la botte des Nazis. Dès 1939, elle entre dans le contre-espionnage et devient, plus tard, au péril de sa vie, l’agent de propagande du général de Gaulle. Elle donne de nombreux concerts pour récolter des fonds au profit de l’armée française et aide les services de renseignements français à obtenir des informations précieuses sur les intentions de Mussolini et sur les projets secrets des Allemands. Pendant cinq ans, elle lutte contre les nazis. Après deux années d’enquête, le journaliste Charles Onana a retrouvé des archives militaires, celles des renseignements généraux et du FBI, gui révèlent comment une femme noire américaine, devenue française, a combattu Hitler et le racisme. A la fin de la guerre, elle marche à Washington avec Martin Luther King pour les droits civiques, puis adopte des enfants de toutes les couleurs et mène un combat international contre le racisme.

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QUI au Panthéon ?

Philippe Bélaval a été chargé en mai par François Hollande de réfléchir au rôle du Panthéon dans la vie de la République. Le patron du CMN, qui gère notamment ce monument, devrait rendre officiellement son rapport au chef de l’Etat le 9 octobre. Il comprendra des suggestions sur les défunts illustres susceptibles d’entrer dans ce temple républicain des Grands Hommes.

Pour « ouvrir le débat largement », Philippe Bélaval a organisé entre le 2 et le 22 septembre une consultation sur le site du CMN. Ainsi, 30.715 personnes ont répondu au questionnaire qui demandait « selon vous, qui mériterait d’être prochainement honoré au Panthéon et pourquoi ». « Au total 1.200 noms ont été proposés. Parmi les noms les plus fréquemment cités arrivent en majorité des noms de femmes », déclare Philippe Bélaval.

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